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L'arrêté qui fâche l'Algérie

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12 octobre, 2015
Veille
Leslie Varenne


Un arrêté du ministère de la Défense, publié le 1er octobre au Journal officiel, a créé un incident diplomatique entre la France et l’Algérie. Pourtant, ce texte, qui garantit aux soldats français en opérations extérieures (OPEX) les couvertures habituelles en cas de décès ou d’invalidité, aurait dû être, comme tous les précédents, d’une banalité confondante. 

Le 3 octobre, le blog Lignes de défense est le premier à dénicher la perle et à s’interroger sur ce drôle d’arrêté qui définit la zone d’activité des soldats de Barkhane au-delà des cinq pays où l’armée française est sensée opérer (Mali, Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso) et y ajoute notamment l’Algérie. Selon des informations recueillies par IVERIS, deux jours plus tard, l’Algérie, très sourcilleuse quant à sa souveraineté, pour des raisons historiques compréhensibles, a dépêché son ambassadeur en France pour protester auprès du gouvernement français. A la suite de cet incident diplomatique, le  ministère de la Défense s’est immédiatement fendu d’une dépêche sur son site déplorant « une erreur matérielle » et indiquant que les trois ministres signataires, Jean-Yves Le Drian, Michel Sapin et Christian Eckert, « ont décidé de retirer cet arrêté ».

Quant aux autres pays concernés par l’arrêté, les réactions ont été diverses. Le  Nigéria s’est également offusqué  et l’a fait savoir aux autorités françaises. Dans le chaos libyen, la nouvelle est passée inaperçue. Côte d’Ivoire, Centrafrique, Sénégal et Cameroun qui ont des accords de défense avec la France, n’y ont vu, eux, que du feu…

La bourde…

Depuis des décennies, les OPEX sont couvertes par ce type d’arrêté et le territoire géographique est élargi aux pays de transit ou limitrophes. Pour éviter l’incident diplomatique que la France connaît aujourd’hui, les Etats théâtres des opérations officielles sont nommés et les pays de transit ou limitrophes sont désignés sous le terme vague de : « pays avoisinants ». Jusqu’à présent, cette terminologie neutre avait permis à ces textes de passer comme une lettre à la poste… Pourquoi avoir changé et avoir cité ces pays ? Est-ce dû au choc de simplification ? C’est en tout cas une véritable bourde militaro-diplomatique, validée, en prime, par le conseiller militaire de Matignon...

Certes, comme l’ont annoncé les ministres, l’arrêté va être retiré. Mais après cette bévue, comment revenir à l’expression « pays avoisinants » ! Les Etats concernés risquent de se montrer, à juste titre, très vigilants sur les prochains textes officiels… La Défense s’est tiré une balle dans le pied !

Il faut également noter qu’entre le moment où l’opération Barkhane est lancée et la publication de l’arrêté, 14 mois se sont écoulés. Que de lenteur administrative pour pondre une si grosse gaffe…

Tags:
afrique