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Arabie Saoudite : le mirage des contrats pour sauver l’industrie française

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29 octobre, 2015
Tribune libre
Loïk Le Floch-Prigent


Depuis 1993 apparaissent périodiquement sur nos petits écrans les « gros contrats » espérés du royaume d’Arabie Saoudite avec, en filigrane, des commentaires sur le possible remplacement du partenaire historique, les USA, par notre beau pays, en particulier pour le matériel militaire. Présidents de la République ou Premiers ministres reviennent alors de Ryad avec les bras chargés de fleurs, transformant les milliards engrangés en emplois industriels grâce aux articles élogieux de la nuée de journalistes qui les a accompagnés lors de leur visite officielle. Comment en finir une fois pour toutes avec ces mirages rapportés du désert ? Ce n’est pas facile, tant d’habitudes ancrées et tant de méconnaissance voire de déni des réalités !

Mais, au-delà de cet appel permanent à ces acheteurs, il nous arrive aussi de rêver à leurs capitaux et de prier pour qu’ils veuillent bien en investir quelques miettes pour sauver notre appareil industriel mal en point. On se félicite alors d’avoir des secteurs qui arrivent à intéresser les rois du pétrole !

Essayons de regarder les choses en face

L’Arabie Saoudite est un grand pays pétrolier dont le développement a été assuré par les capitaux américains, avec les compagnies américaines, et les Etats-Unis font fonctionner les principales compagnies saoudiennes, leur nombre de ressortissants travaillant à temps plein est de plusieurs dizaines de milliers. Qu’ils soient cadres permanents de l’Aramco, détachés d’Exxon ou encore de Chevron n’a que peu d’importance, ils sont là et nous n’y sommes pas ou très peu ! L’osmose entre Saoudiens et Américains existe depuis 1945, sur le terrain, et ceci quels que soient les Rois ou les Présidents.

L’Arabie Saoudite est un royaume médiéval reposant sur une religion intégriste qui permet aux rois de laisser la majorité du peuple dans l’ignorance avec comme éducation quasi unique la lecture et l’apprentissage du Coran. C’est cette religion que les revenus du pétrole ont permis d’exporter, et, dans la mesure où La Mecque est sur le sol du Royaume et que les pèlerins viennent de tous les coins du globe, on peut considérer que le Royaume a été, est, et sera le premier responsable de la vague d’intégrisme islamique qui terrorise désormais une partie du globe. A la suite du drame des tours de New York, les américains ont choisi comme fauteurs de troubles l’Irak, l’Iran et plus récemment la Syrie. Cela représentait clairement un déni de réalité, mais la plupart des chefs de gouvernement ont feint de croire à la victoire du bien contre le mal. Tandis que les langues se délient sur les avancées de Daesch en Irak et en Syrie, il apparait bien, qu’au départ au moins, l’aide de l’Arabie Saoudite pour lutter contre le régime de Bachar El Assad a été importante, et que cela reste le principe moteur du royaume encore aujourd’hui, beaucoup plus que la lutte contre le terrorisme !

Pour un pays qui n’arrête pas de parler des droits de l’homme et de lutte contre l’islamisme radical, la quête effrénée à satisfaire les clients ou investisseurs saoudiens peut paraître surprenante et on pourrait dire la même chose, en plus petit, du Qatar, alors que dans ce Moyen-Orient nous disposons d’un partenaire historique beaucoup plus raisonnable et en tous cas moins hypocrite que sont les Emirats Arabes Unis… Mais restons-en là sur ces considérations politiques qui ont l’air de n’intéresser personne dans la mesure où l’argent viendrait de là-bas, cet argent qui permet tout et qui excuse tout. Est-ce que le salut de notre appareil industriel peut venir de ces lointaines contrées ?

La réponse est clairement non ! Ce ne sont pas des contrats d’achats de matériels de quelques milliards à terme de cinq ou dix ans, venant grossir le carnet de commandes de telle ou telle société qui vont changer grand-chose à nos maux actuels, pas plus que le sauvetage momentané d’un abattoir de poulets. Nous sommes encore un pays riche avec des capitaux et nous préférons en faire autre chose que d’investir dans l’industrie, voilà notre réalité nationale ! Et si nos produits étaient les meilleurs en qualité et en prix ils seraient recherchés par tous les clients et il serait inutile d’envoyer des Présidents ou des Premiers ministres commis-voyageurs faire l’article. La démarche nous la connaissons, elle a été expliquée par tous les industriels de notre pays, on en parle ensuite pendant une semaine, puis on oublie et l’on repart voir les rois du pétrole ! C’est notre industrie qui doit retrouver capitaux nationaux et compétitivité grâce à notre génie propre et nous n’aurons plus besoin d’aller nous prosterner devant des régimes médiévaux. Ce que peut nous apporter l’Arabie Saoudite est négligeable devant ce que nous pouvons faire nous-mêmes pour nous ! Nous recherchons quelques milliards pour sauver un appareil industriel exsangue, nous les avons, il suffit de vouloir les mobiliser et d’afficher notre confiance dans nos chercheurs, nos innovateurs et nos industriels.

Enfin, un dernier trait en cette saison où l’on n’arrête pas de montrer du doigt mon secteur professionnel, à savoir le pétrole et le gaz, l’accusant de corrompre la planète et d’en préparer la disparition. Il me paraît pour le moins paradoxal que ceux-là mêmes qui des jours entiers se font les accusateurs de ces épouvantables « pétroleux » se retrouvent en prière à Ryad pour recueillir quelques miettes de la manne pétrolière.

 

        Loïk le Floch-Prigent            

 

Tags:
armement, france, arabie saoudite