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Liban : éviter la déstabilisation

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06 novembre, 2017
Tribune libre
Patricia Lalonde


Une fois n'est pas coutume, l'IVERIS reprend un article paru dans le Huffington post. Cette tribune de Patricia Lalonde, députée européen, a été écrit, au retour d'une mission du parlement de Bruxelles, la veille de la démission du Premier ministre libanais, Saad Hariri ; ce qui prouve bien, que si cette démission a été aussi inattendue que suprenante, tous les observateurs sérieux et honnêtes s'attendaient à un événement qui viendrait bousculer le fragile équilibre du Liban, un pays qui a su, contre vents et marées et avec une grande habileté, ne pas se laisser entraîner dans la guerre de son voisin syrien. 

 

 

 

Depuis le dernier accord électoral, le Liban vit, entre les différentes forces politiques et religieuses, dans une relative stabilité qui pourrait servir d’exemple à d’autres pays de cet Orient compliqué.

Un accord historique entre le parti chrétien de Michel Aoun, le parti sunnite du Futur de Saad Hariri et la branche politique du Hezbollah chiite a permis à des groupes politiques et religieux, le plus souvent en désaccord sur tout, de s’entendre sur l’essentiel : la stabilité du Liban ; une stabilité capitale dans une région dévastée par la guerre en Syrie et l’afflux sans précédent du flot de migrants venus gonfler celui des très nombreux Palestiniens vivant dans les camps du Sud et du Nord. Mais l’issue de la guerre en Syrie pourrait mettre en péril ce fragile équilibre.

Les nouveaux développements du conflit, qui après sept années de guerre, ont permis à la Russie et à l’Iran, en soutenant le régime syrien, de reprendre la main et de devenir incontournables dans la région ne sont pas du goût de ceux qui souhaitaient installer à Damas un régime moins docile à Téhéran. C’est pourquoi le risque est grand de voir l’Arabie Saoudite, Washington et Israël rechigner à reconnaitre ce nouvel état de fait et chercher à mener la guerre sur un nouveau théâtre d’opération : le Liban.

Il est frappant de constater, lors des réunions avec les différents acteurs politiques libanais, à quel point les divergences sur les développements de la guerre en Syrie sont fortes. Et c’est précisément là où se situe la nouvelle menace pour la région : le déplacement de la confrontation entre sunnites proches des Saoudiens et chiites proches des Iraniens sur le territoire libanais.
En effet, les représentants sunnites du courant du Futur, qui ont accepté de participer à la Coalition du président Aoun, sont très sévères à l’égard du Hezbollah qu’ils accusent d’avoir abandonné la guerre contre Israël dans le Golan pour aller défendre Bachar el Assad, ravivant ainsi les plaies d’un passé douloureux marqué par la guerre civile. Il est appuyé en cela par le principal parti d’opposition, le parti du Cèdre de Samir Gemayel, pour qui le principal ennemi reste le Hezbollah.
Quant à ceux du parti de Michel Aoun ils voient au contraire dans le Hezbollah un rempart contre le terrorisme et contre la main mise en Syrie de groupes islamistes radicaux, réelle menace pour le Liban.

Mais l’Arabie Saoudite vient de sonner la fin de la récréation : le prince héritier Mohammad Ben Salman (MBS) a dû convoquer Saad Hariri, le lendemain de la diffusion d’un tweet de l’un de ses ministres exhortant la nouvelle coalition à Beyrouth à se séparer des ministres du Hezbollah, mettant ainsi le premier ministre Saad Hariri dans une position inconfortable.
L’ Arabie Saoudite pourrait ainsi prendre sa revanche sur sa défaite en Syrie contre le Hezbollah, en faisant voler en éclat la coalition au pouvoir au Liban. Les propos incendiaires de Donald Trump contre l’Iran et la possible remise en cause du deal sur le nucléaire iranien l’y ont probablement poussés.

De plus, l’arrivée de plus d’un million de migrants syriens sur le sol libanais rend la situation économique du pays très difficile ; il est par ailleurs inquiétant de constater au Nord du Liban, non loin de la frontière syrienne, à Tripoli, l’implantation d’un islam whahhabite.
L’ Arabie Saoudite cherche sans aucun doute à peser dans le nouveau scénario syrien et à empêcher les libanais de reprendre des relations avec la Syrie alors même qu’un nouvel ambassadeur à Damas vient d’être nommé.

Le rôle des russes sera donc essentiel pour maintenir l’équilibre entre Iraniens et Saoudiens. C’est pourquoi Vladimir Poutine multiplie les rencontres avec Tel-Aviv, Ryiad et Téheran afin d’obtenir un consensus pour former une délégation unique de l’opposition syrienne lors des prochaines négociations de Genève le 10 Novembre prochain et prenant date pour l’organisation d’un congrès du peuple syrien à Damas en mars prochain.

Il est important que la Coalition du président Aoun soit confortée au prochaines élections en mai prochain et qu’elle soutienne le processus de réconciliation et une nouvelle Constitution qui préserverait la souveraineté de la Syrie en y associant toutes les composantes de la société syrienne : une nouvelle Syrie dans laquelle les minorités seraient parties prenantes du pouvoir, comme celle des kurdes, victorieux combattants de la lutte contre l’Etat Islamique, et dans laquelle les femmes participeraient activement à la vie politique et sociale du pays.

C’est seulement à ces conditions que les nombreux réfugiés syriens pourraient envisager progressivement leur retour en Syrie permettant ainsi de faire baisser les tensions au Liban.

C’est de la réussite de cette Syrie que dépend également l’avenir de la stabilité du Liban.

L’Europe devrait mettre tout son poids dans la balance pour aider à une réconciliation en mettant de côté ses divergences politiques.

Le Président français, Emmanuel Macron, rencontrera prochainement les Présidents, Vladimir Poutine, au Forum de Saint Petersbourg, et Rohani à Téhéran, gageons que le réalisme politique l’emportera...

 

Patricia Lalonde
Députée européen

 

 

 

 

 

 

 

Tags:
liban; arabie saoudite, etats-unis, moyen orient