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L’attentat de Bamako et la surenchère djihadiste

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23 novembre, 2015
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Dr Marcin Styszynski


Après le crash de l’avion russe au Sinaï, les attentats à Beyrouth le 12 novembre, les attaques à Paris du 13 novembre, la communauté internationale a été, une nouvelle fois, éprouvée par la brutalité du terrorisme avec la prise d’otages au Mali.  

Il est important de souligner que les dernières attaques au Proche Orient et en Europe ont été revendiquées par l’organisation de l’Etat islamique (EI). En revanche, après l’attentat de Bamako le groupe djihadiste al-Mourabitoune a diffusé un court message audio dans lequel il déclare être l’auteur de l’assaut à l’hôtel Radisson Blue à Bamako.

Al-Mourabitoune est un groupe composé des anciens combattants d'AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) et du MUJAO (Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest), cette organisation a été en partie décimée par l’opération Serval au nord du Mali. Le commandement de ce groupe n’est pas très clair mais le vétéran djihadiste Moktar Belmokhtar y joue un rôle essentiel. Ce dernier est né en Algérie, il a quitté le pays à la fin des années 80 pour faire le djihad en Afghanistan pendant l’invasion soviétique. Puis, il est revenu en Algérie dans les années 1990 en pleine guerre civile et est devenu l'un des leaders d'AQMI. Après la lutte antiterroriste des autorités algériennes en 2003, il a été une nouvelle fois obligé de quitter son pays et a commencé de nouvelles activités terroristes au Sahel.

Le communiqué audio concernant l’attentat du Bamako dure seulement 30 secondes et se concentre sur quelques détails comme la date, le lieu de l’attaque et la coopération avec Aqmi. En outre, al-Mourabitoune demande la libération de ses combattants emprisonnés à Bamako.

Le communiqué et les demandes exprimés par Belmokhtar sont identiques à ceux publiés pendant l’attaque contre le site gazier d’In Amenas en Algerie en 2013. Pour rappel : un commando de Belmokhtar avait retenu pendant trois jours 600 Algériens et une quarantaine d'Occidentaux. Les terroristes réclamaient la fin de l'intervention militaire française au Mali. L'armée algérienne avait finalement lancé l’assaut qui s’était terminé par la mort de 38 otages et de 29 terroristes. Le précédent d’In Amenas est donc une indication forte prouvant la responsabilité d’al-Mourabitoune dans les attaques à Bamako.

Par ailleurs, il paraît également important de souligner les liens existants entre al-Mourabitoune et Boko Haram. Selon tous les témoignages d’otages du Radisson les assaillants parlaient anglais. Il ne serait donc pas surprenant que le groupe al-Mourabitoune ait demandé l’assistance technique du groupe Boko Haram qui sévit principalement au Nigéria, mais également au Niger et au Tchad. Les liens entre les groupes al-Mourabitoune et Boko Haram sont connus. Le Mujao collaborait avec le groupe nigérian pendant l’occupation de la ville de Gao et les relations entre eux demeurent. D’autant que le Mujao reste très actif à la frontière du Niger dans la continuité de la zone d’influence de Boko Haram.

Conclusions

L’attentat de Bamako est un nouveau témoignage de la surenchère entre les différents groupes djihadistes dans le monde. Actuellement, chaque organisation tient à revendiquer sa place dans le djihad global.

Cette situation est aussi une réalité en Afrique du Nord et au Sahel où certains groupes ont fait allégeance à al-Quaeda et d’autres à l’EI. Par exemple, Alakhbar al-Sahraoui un autre dirigeant du groupe al-Mourabitoune rivalise avec Moktar Belmokhtar pour avoir plus d’ influence dans cette organisation. Al-Sahraoui a fait allégeance à l’EI et a critiqué la stratégie de Belmokhtar. En revanche, Belmokhtar exprime toujours sa loyauté envers le chef d’al-Qaida, Ayman al-Zawahiri.

Dans le communiqué, Belmokhtar se concentre sur les combattants emprisonnés au Mali. De cette manière, il tente de renforcer sa position dans l’organisation afin de prendre la relève d’al-Sahraoui. Il est fort probable que ce dernier prépare déjà sa riposte.

 

Dr Marcin Styszynski

Professeur associé, à la Faculté des Etudes Arabes

Université d’Adam Mickiewicz à Poznan, Pologne

marcin.styszynski@onet.pl

Tags:
afrique, terrorisme