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La victoire contre l’Etat Islamique passe par Ryad

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23 septembre, 2015
Tribune libre
Gérard Bapt


La révision de la doctrine d’intervention française en Syrie, décidée par le Président de la République coïncide avec celle récemment opérée par la Grande-Bretagne et l’Australie. Elle constitue un tournant majeur dans la lutte occidentale et européenne contre l’Etat Islamique. Les raisons de l’abandon de la position consistant à attendre la chute de Bachar Al Assad pour s’engager dans la recherche d’une issue politique incluant la Russie et l’Iran sont de plusieurs ordres : les avancées obtenues sur le terrain par les jihadistes ; les attaques terroristes commanditées à partir de la Syrie vers notre sol ; le récent tsunami de l’exode humain syrien et irakien passant par la Turquie.

 

 

En quatre ans, l’armée syrienne a subi des saignées considérables, concernant notamment la communauté alaouite, ce qui laissait à penser que le martyre du peuple syrien pouvait encore durer longtemps ! Et que plus massif encore, pouvait survenir son exode – hypothèse aujourd’hui tragiquement avérée… Ainsi, l’E.I remporte une nouvelle victoire. Il contribue à la dislocation européenne, à partir des divergences sur le droit à l’asile. Après les victoires remportées à Mosul et Ramadi en Irak, montrant que les frappes aériennes n’ont pas de sens quand les institutions des Etats ont été démantelées et notamment l’armée. En revanche, ces frappes ont été efficaces à Kobané et à Tal-Abyad, en appui aux forces kurdes du PYD, accusées de connivence avec l’armée syrienne. Il est loisible de penser que, dans le désert, elles auraient pu empêcher la chute de Palmyre et les horreurs auxquelles le monde, impuissant, a assisté.

Quelle coalition ?

Si désormais, l’idée selon laquelle la défaite militaire de l’E.I passe par l’action terrestre appuyée par les frappes aériennes est acquise, quelle coalition de forces régionales peut-elle être envisagée ? Une telle coalition suppose que soit résolu de difficiles préalables politiques. En effet,  les intérêts et calculs des Etats voisins comme la Turquie, l’Iran, l’Arabie et le Quatar, et ceux des grandes puissances concernées sont en jeu. Que faire également des autres groupes jihadistes et salafistes, adversaires-partenaires de l’E.I, armés par certains membres de la coalition ? Notamment la branche syrienne d’Al-Qaïda, Al Nosra, puissamment soutenue par la Turquie, le Quatar ou l’Arabie, qui vient d’annihiler, au Nord d’Alep, le 2ème contingent de la « Division 30 » formée et armée par les USA. Al Nosra qui a instauré la charia avec le « Front de la conquête », à Idleb, ville de 500 000 habitants désertée par la majorité de sa population. Que faire de « l’armée de l’Islam » soutenue par l’Arabie Saoudite qui est passée à l’assaut à Damas ? Que faire des milliers de combattants russes tchéchènes, chinois ouigours, ou turkmènes amenés par milliers en Syrie à travers la Turquie comme les autres combattants français et européens ? Ce sont les mêmes qui ont refusé, il y a quelques mois, un cessez le feu temporaire humanitaire, à Alep, proposé par Staffan de Mistura l’envoyé spécial de l’ONU…

L’E.I souhaiterait, pour sa part, la confrontation directe avec des soldats occidentaux pour leur infliger des pertes, et dénoncer une nouvelle « croisade occidentale ».

La guerre des idées 

C’est en posant l’ensemble de la problématique politique que doit être envisagée la lutte contre l’idéologie hégémonique qui a présidé après Ben Laden, et au-delà des erreurs répétées en Irak et en Lybie, à la naissance de l’EI.

La source en est le wahhabisme, doctrine officielle de l’Arabie Saoudite, dont l’E.I s’inspire et qu’il met en œuvre avec la charia. Avec, par exemple, l’organisation des décapitations sur place publique et exposition des têtes tranchées - (102 en Arabie au premier semestre, selon Amnesty International) -  et les références à Ibm Taymiyya qui, au XIV siècle, émit des fatwas allant de l’interdiction des pèlerinages aux mausolées des Saints à la nécessité d’éradiquer par l’épée les autres courants de l’Islam comme les autres religions. Ainsi le GIA algérien brisa les coupoles blanches des Aurès, les talibans afghans les bouddhas de Bamiyan, et les bombardements saoudiens s’acharnent actuellement sur les monuments pré islamiques au Yémen.

Récemment la reine Rania de Jordanie affirmait, bien seule, que : « les sunnites modérés ne faisaient pas assez contre l’intégrisme islamique… » Mais du Pakistan au Cameroun, l’Arabie Saoudite déploie son prosélytisme en finançant mosquées et madrasas. Elle a proposé d’aider l’accueil des réfugiés en Allemagne par la construction de mosquées !

Cependant, l’Arabie Saoudite souffre désormais sur son sol d’attaques perpétuées par le monstre qu’elle a enfanté. Le moment est venu d’exiger qu’elle en finisse avec l’exportation de son idéologie hégémonique. Au lieu de quoi, d’autres monstres renaitront après la défaite de l’E.I.

Gérard Bapt est député de Haute-Garonne et Président du groupe d'amitiés France-Syrie

 

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gérard bapt, syrie