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Ouagadougou Burkina Faso, juin 2015

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17 juillet, 2015
Note de voyage
Leslie Varenne


En ce mois de juin 2015, un des mois les plus chauds de cette région sahélienne, la politique transpire par tous les pores de la société burkinabé. Dans les maquis, à la maison, aux terrasses des cafés, chacun y va de son commentaire, son analyse, ses prédictions sur l’élection présidentielle qui doit se tenir en octobre 2015. Transition, justice, avenir sont les maîtres mots des conversations. 

A cette date, le débat qui enflamme le plus les discussions est l’interview donnée au magazine Jeune Afrique par Ablassé Ouédraogo[i]. Cet ancien ministre des affaires étrangères de Blaise Compaoré et ex directeur général adjoint de l’OMC s’est porté candidat à l’élection présidentielle d’octobre. L’homme qui avait déjà peu de chances d’être élu, a perdu une occasion de se taire en déclarant : « J’ai trois atouts principaux. Je suis Moagha du plateau central, et les Mossis sont une forte composante du Burkina Faso. Je suis aussi musulman, ce qui n’est pas rien dans un pays où 70% des gens le sont également. Enfin, comme je vous l’ai dit, j’ai un vaste réseau de relations utiles dans le cadre de la diplomatie de développement que nous souhaitons mettre en place. » Aucun Burkinabé n’approuve cette saillie. Comment un candidat peut-il considérer son ethnie et sa religion comme des atouts ? Si en privé chacun reconnait que le futur Président sera avantagé s’il est Mossi, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il n’avait pas le droit de parler ainsi. Et puis enfin, distinguer les Mossis du plateau central des autres… Sa revendication religieuse apparaît encore plus déplacée dans une société où l’œcuménisme est de mise et les mariages entre musulmans et chrétiens fréquents. Les blagues fusent, Ablassé Ouédraogo est fusillé par les boutades, son parcours politique s’arrête ici.

 

Justice pour Sankara, Zongo, Nebié…

La révolution d’octobre 2014 et le départ de Blaise Compaoré ont révélé les plaies cachées mais toujours béantes des assassinats politiques. Il flotte une impression étrange, comme si l’assassinat de Thomas Sankara en 1987 avait eu lieu hier. Les murs de Ouagadougou sont couverts d’inscriptions à l’effigie de l’ancien Président. Les tags réclament la justice pour Sankara mais aussi pour Norbert Zongo, ce journaliste assassiné en 1998, et pour le juge Nebié, dernière victime supposée du régime de Blaise Compaoré, décédée le 24 mai 2014. Les burkinabés n’oublient rien. En 27 ans, il y a eu 224 assassinats politiques répertoriés. En réalité, le nombre de meurtres est beaucoup plus important, mais de nombreuses familles de victimes n’ont pas déposé de plainte par peur des représailles.

L’avenir du pays est l’autre grand sujet d’inquiétude. Les coupures d’électricité, ces fameux « délestages » connus dans toute l’Afrique, rythment le quotidien. Les petits commerçants qui n’ont pas les moyens de s’offrir un groupe électrogène se plaignent d’autant que depuis le début de la transition l’activité économique tourne au ralenti. Une partie des proches de l’ancien Président, qui dépensait l’argent sans compter, a fui avec lui. Ceux qui sont restés ne sortent plus et ne s’affichent plus à bord de leurs 4/4 rutilants dans les rues de Ouaga de peur qu’on leur demande des comptes. Quant aux investisseurs, ils préfèrent attendre que le pays soit stabilisé pour revenir. Le Palace, cet hôtel 5 étoiles, autrefois si animé, est désormais désert. L’autre établissement de luxe, le Laïco, qui appartenait à un fonds d’investissement libyen[ii], tire son épingle du jeu en recevant les forces spéciales françaises ou américaines toujours fidèles au poste. En ces temps de ramadan, ce n’est pas la fête, l’argent manque. Mais les Qataries sont là et ce sont leurs bonnes œuvres qui donnent aux mosquées les moyens d’offrir l’iftar du soir…


[i] http://www.jeuneafrique.com/234008/politique/burkina-ablass-ou-draogo-j-ai-toutes-mes-chances-la-pr-sidentielle-d-octobre/
[ii] A ce jour, il est encore impossible de savoir, comme pour beaucoup d’actifs libyens dans le monde, si cet hôtel appartient toujours au LAP, le fonds libyen d’investissement pour l’Afrique. Le Conseil d’administration du groupe Laïco est toujours composé de libyens, mais…  voir à ce sujet l’enquête sur la disparition des actifs libyens pendant et après la guerre de 2011. Ref….

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afrique, burkina fasa, ouagadougou, ablassé ouédraogo, blaise compaoré, qatar, jeune afrique