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M'Berra, l'inexorable ensablement

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08 avril, 2018
Note de voyage
Moussa Ag Assarid


L’accord d’Alger, signé en mai-juin 2015 prévoyait le retour "dans de bonnes conditions" de tous les habitants de l'Azawad qui ont fui et qui vivent dans les camps du Burkina Faso, du Niger, d’Algérie ou de Mauritanie. Presque trois ans plus tard, il n’en est rien. Dans le camp de réfugiés de M’Berra en Mauritanie, un des plus grands d’Afrique, il y a encore entre 51 et 53 000 personnes, selon les chiffres de l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) qui gère ce lieu. Sous la pression des autorités maliennes et de quelques hommes politiques indélicats, certains ont tenté de rentrer, mais la grande majorité est revenue rapidement à cause de la situation sécuritaire, de la peur d'être prises pour cible par l'armée malienne ou par des individus armés non identifiés et autres bandits. Non seulement ce camp ne désemplit pas, mais toutes les semaines, M’Berra voit s'installer de nouveaux arrivants en provenance, cette fois du Centre du Mali, notamment des Peules, venus des régions maliennes de Mopti, Ségou et Kayes. Elles fuient, elles-aussi, l’armée malienne et/ou les différentes milices ethniques.  

 

La vie dans les camps

 

Les femmes représentent 80% de la population de ce camp et ce sont elles qui en ont la charge.

 

Les réfugiés du camp de M'Berra ont commencé à arriver en janvier-février 2012, ils sont issus essentiellement des régions de Tombouctou, Mopti et Taoudenni. Le HCR, les autorités mauritaniennes et quelques ONG les ont accueillis dans des conditions de vie plutôt dignes mais sommaires. Chaque famille reçoit une petite somme d'argent pour lui permettre de subvenir aux besoins de base. L'ONG Médecins Sans Frontières (MSF) prend en charge l'aspect sanitaire mais seulement jusqu'à la fin de l'année 2018, les réfugiés s'inquiètent de ce départ programmé et de ses conséquences sur leur survie. Selon certains résidents, l'aide de l'Etat malien est quasiment nulle et aucun ministre n'est venu visiter les lieux. 

 

L'éducation

 

Six écoles primaires, un collège et un lycée se trouvent dans ce camp de réfugiés. Certains directeurs d'écoles sont à la retraite mais ils  s'investissent pour pallier au manque d'enseignants qualifiés et expérimentés. Le matériel scolaire est fourni par l'UNICEF. L'état des lieux de certaines salles de classes laisse à désirer, cependant, la communauté scolaire du camp est bien organisée et c'est l'essentiel, en attendant de trouver mieux. Les meilleurs bacheliers reçoivent une bourse d'étude (DAFI) octroyée par le gouvernement allemand, les  étudiants peuvent ainsi suivre les cours dans les universités du pays d'accueil.  

 

La jeunesse

 

 

Le taux de chômage des jeunes est très élevé, ils se débrouillent et ne sombrent pas dans le désœuvrement facilité par l'assistanat. Ceux qui ont un certain niveau de scolarisation sont employés par les ONG qui interviennent dans le camp ou s'activent bénévolement dans des associations humanitaires et de développement, comme l'association Construire qui vient d'ouvrir un bureau local dans le camp. La jeunesse est également active au niveau culturel et sportif. Le sport, notamment le football, est un moment d'évasion et de retrouvailles qui permet de rendre la vie moins difficile. Un club sportif, Azawad Football Club (AFC), est né en mars 2018 avec un grand engouement et un engagement sans précédent de la part de la jeunesse mais aussi des autorités locales du camp. Des soirées culturelles sont organisées, elles constituent de petites parenthèses dans le quotidien. Pour assainir le camp, l'association Construire a instauré deux journées camp propre. Chaque lundi et vendredi, armés de râteaux et de sacs poubelles, avec à leur tête le Coordinateur du camp, les jeunes et moins jeunes ramassent les déchets et sensibilisent les réfugiés à l'hygiène et à l'assainissement.

 

L'élevage

 

 

Pour garder une part de leur mode de vie et pour avoir un complément de revenus, certaines familles ont fait venir dans le camp quelques animaux tels que des chèvres, des brebis ou des vaches. En contrepartie d'une modique somme d'argent, un berger s'occupe de regrouper chaque matin les animaux pour les emmener paître en dehors du camp.

 

La caravane du coeur

 

 

L'ONG française, la Caravane du Coeur et son partenaire local, l'association Construire, ont offert des vêtements aux plus de 700 orphelins qui vivent dans ce camp. Pour sa troisième édition, la Caravane du Coeur a acheminé, depuis la France avec son partenaire le Point Afrique, une tonne de matériel dont une douzaine de machines à coudre pour créer des ateliers de couture et d'artisanat. L'objectif de cette mission n'a pas consisté à offrir seulement de l'aide à ces réfugiés, mais à apporter un réconfort moral et à montrer que le monde ne les oublie pas, qu'ils ne sont pas ensablés dans le Sahara... 

Pour visionner les images tournées pendant cette mission, cliquez ici

 

Moussa Ag Assarid

Président de l'ONG la Caravane du Coeur

Mission réalisée en Mauritanie en février et mars 2018

 

Tags:
mali