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Notes de voyage



La Syrie attend la paix...


10 nov, 2017 Leslie Varenne

La citadelle d'Alep

 

Alep est un peu comme un champ de ruines dans lequel ici et là commenceraient à germer des roses. A première vue, c'est toujours un spectacle de désolation, mais partout la vie reprend. Les Alepins nettoient, réparent et les boutiques rouvrent les unes après les autres. Devant les restes de ce que furent les bâtiments historiques s'élèvent des petits tas de pierres, triés, rangés ; ces parpaings millénaires ou centenaires, c'est selon, serviront à la reconstruction. Les habitants retournent se promener devant cette citadelle imprenable, qui trône intacte comme un symbole de victoire sur la dévastation alentour. Avec le retour de l'eau, deux jours par semaine ou plus selon les quartiers, et de l'électricité, 12 heures par jour, le quotidien est moins difficile. Pour autant, rien n'est encore certain et la paix attend toujours son heure. Des groupes djihadistes, dont celui d'al-Nosra, renommé Tahrir al-Sham (HTS), postés à quelques kilomètres, tirent encore des roquettes, qui tombent, de temps à autre, sur les quartiers Ouest. Les Kurdes tiennent le quartier de Cheick Maqsoud comme une forteresse, des blocs de béton bloquent les voies d'accès, c'est une véritable enclave dans la ville. 

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Les damnés de leur terre


31 aout, 2017 Leslie Varenne

La guerre de 2011 en Côte d’Ivoire n’est toujours pas soldée. Outre les problèmes politiques et sécuritaires auxquels ce pays est confronté, de nombreux Ivoiriens sont encore exilés aux quatre coins du monde ; des milliers se trouvent toujours dans des camps de réfugiés au Ghana, au Togo et au Libéria. Ces enfants, ces femmes, ces hommes, oubliés de tous, tentent de survivre en attendant un éventuel retour… Après six longues années, certains ont fini par perdre l’espoir de pouvoir, un jour, rentrer chez eux et ont pris les routes dangereuses des migrants - désert nigérien, prisons libyennes et pour certains, la traversée de la Méditerranée, les plus chanceux sont arrivés en Italie. D’autres, les plus nombreux ont trouvé refuge au Maroc, en Algérie ou encore en Mauritanie. Ceux qui restent dans les camps essayent de s’organiser pour résister, améliorer, autant que faire se peut, leur condition de survie et se prémunir des vautours pour qui « réfugié » signifie aussi : « business ». Au mois d’août 2017, l’IVERIS a été à la rencontre des réfugiés ivoiriens au Ghana dans le camp d’Egyeikrom.

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Alep, la douleur et la honte


08 févr, 2017 Leslie Varenne

Alep, capitale économique d’un pays en guerre. Alep, berceau de la civilisation, inscrite au patrimoine de l’humanité depuis 1986, se dispute avec Jéricho le titre de l'une des plus anciennes villes du monde. Alep, dès l’arrivée : des ruines. Pour s’y rendre depuis Beyrouth, il a fallu emprunter une route ouverte par l’armée contournant les zones toujours en conflit, traverser un désert peuplé de postes militaires et de villages abandonnés aux maisons éventrées, comme un avant-goût du spectacle de désolation à venir. Alep, sans eau ni électricité puisque les djihadistes ont coupé l’approvisionnement à partir de l’Euphrate et plastiqué la centrale électrique. Vingt-cinq jours après sa libération, le bruit des roquettes et des missiles s’est tu et la vie tente difficilement de reprendre le dessus. Désormais, pour des décennies et pour des générations d’Alépins, il y aura un avant et un après la guerre, un avant et un après juillet 2012. C’est à cette date que des groupes armés divers et variés [1] venus des quatre coins de la planète, ont envahi puis occupé les quartiers Est et Sud et assiégé la totalité de la ville. Avant, le gouvernorat de la région d’Alep comptait entre six et sept millions d’habitants et la ville environ trois millions, quatre ans et demi plus tard, entre les morts, les exilés et les déplacés internes, le nombre d’Alépins a été divisé par deux. Avant quinze zones industrielles employaient un million de salariés ; il y avait un hôpital réputé dans tout le Moyen-Orient ; un centre historique avec le plus grand et le plus ancien souk du monde, 4000 ans avant Jésus Christ, attenant à la mosquée des Omeyyades, monument classé appartenant au culte musulman et chrétien. De tout cela, il ne reste que des gravats… [2]

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L'esprit du Japon


14 sept, 2016 Pr Françoise Thibaut

Le Japon n'est pas la Terre. Le Japon est une autre planète, celle des nombreux enfants des kamis Izanami et Izanagi, tellement turbulents que leurs mœurs instables créent l'agitation  des océans, des îles et du temps. Ce permanent remue-ménage de la nature donne l'inégalable sentiment de l'impermanence, de l'instabilité de toute chose, à commencer par la vie, liée à la recherche de l'harmonie, la beauté de l'instant, le goût pour ce qui est fragile et passager. Etre japonais c'est porter le monde à l'intérieur de soi sans rien attendre de la matérialité, ou du moins, très peu, juste ce qu'il faut pour exister.

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Kinshasa : african chaos


08 juin, 2016 Leslie Varenne

En RDC, les crises s’empilent les unes sur les autres, politiques et sécuritaires d’abord mais aussi économiques, sociales et sanitaires. Kinshasa est à l’image de ce chaos, de ce sens dessus dessous ; des charrettes à bras, où s’empilent des tonnes de ferrailles tirées/poussées par des hommes maigres et en sueur, sont doublées par de puissants 4/4 à 100 000 dollars ; des immeubles luxueux ont vue sur des habitats si précaires qu’ils ne peuvent même plus être nommés bidonvilles. La capitale congolaise plonge celui qui la regarde dans un état de confusion : sentir, comprendre, chercher les mots…  Il semble que nombre de Kinois aient acquis une sorte d’immunité face à la misère et aux inégalités criantes au point d’en perdre le sens de la mesure et de la décence. La confusion est plus grande encore lorsque le Premier ministre Matata Ponyo vante les réussites de son gouvernement : éducation, santé, secteur des routes, sans oublier évidemment le fameux taux de croissance à 6,5 %... Quant à la situation sécuritaire dans l’Est du pays, au Nord et Sud-Kivu, le Premier ministre affirme sans rougir « la paix et la sécurité deviennent de plus en plus une réalité dans ces deux provinces. » De quel pays parle-t-il ?

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Congo Brazzaville ou l'histoire d'une tragédie annoncée


04 avril, 2016 Leslie Varenne

Se rendre en République du Congo en mars 2016, c’est comme aller en Côte d’Ivoire en novembre 2010. Nul besoin d’avoir été assise sur les bancs de Saint-Cyr ou de lire l’avenir dans le marc de café pour savoir que cette élection présidentielle se déroulera mal. Tous les ingrédients sont réunis pour une déflagration. Denis Sassou Nguesso ne peut pas remporter la victoire, il est honni en son pays et contrairement aux précédents scrutins de 2002 et 2009, où il n’y avait pas d’opposition crédible, cette fois des candidats de poids se sont organisés et l'affrontent. Chacun sait que ce chef d’Etat, ce chef de clan, au pouvoir depuis 32 ans, ne sortira pas par la grande porte de la démocratie. Il ne s’inclinera pas devant la défaite. Une vieille dame prédit : « s’il passe au premier tour, il y aura la guerre. »  Nuitamment, le Chef s’est autoproclamé gagnant au premier tour, le fameux coup KO, avec plus de 60% des suffrages… 

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Bamako sur Seine


22 nov, 2015 Leslie Varenne

Bamako-novembre 2015

Le Mali, pays sacrifié sur tous les autels, celui du terrorisme, de la souveraineté, de l’assistance et de la condescendance… Le grand peuple mandingue est devenu un grand corps malade, ses plaies mal ou pas cicatrisées se nomment : la colonisation française ; Moussa Traoré, le dictateur pas éclairé ; Nicolas Sarkozy et la coalition qui ont mené la guerre en Libye et transformé ce pays en un gigantesque dégât collatéral ; Amadou Toumani Touré, dit ATT, le Président dont le slogan était « Pour un Mali qui gagne » et qui a fini par détruire ce qu’il restait de l’Etat et de l’armée, il fut balayé en 2012 par un coup d’Etat ; François Hollande, dans son costume de chef de guerre, qui en mars 2013 déclare depuis, ce qu’il considère encore être, la  métropole : « Nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet, et ça, nous serons intraitables là-dessus » ; Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, au pouvoir depuis deux ans et demi seulement et déjà moribond ; François Hollande encore qui apporte « un soutien sans faille » à son ami IBK. A ce stade, ce n’est plus de l’aide, c’est du soin palliatif… 

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Côte d'Ivoire, Abidjan, octobre-novembre 2015


04 nov, 2015 Leslie Varenne

A la veille du scrutin présidentiel, dans la capitale politique, l’atmosphère est impalpable. Le temps est suspendu. Abidjan est vide. Comme toujours dans les temps incertains, les élites ont envoyé leurs familles à l’étranger. La classe moyenne a fait des provisions et se terre chez elle. Les pauvres sont partis au village en attendant que l’élection se passe. Election, ce seul mot, terrorise les Ivoiriens. Sans aucun doute, les souvenirs douloureux de la Présidentielle de 2010 et de la guerre de 2011 qui a suivi, remontent à la surface. Mais il y a autre chose, il règne un climat étrange et indicible. Jamais les Ivoiriens n’ont été aussi taiseux. C’est un peuple pudique sur ses souffrances, mais qui adore les joutes politiques. Aujourd’hui même les chauffeurs de taxi, d’ordinaire si volubiles restent muets. 

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Ouagadougou Burkina Faso, juin 2015


17 juil, 2015 Leslie Varenne

En ce mois de juin 2015, un des mois les plus chauds de cette région sahélienne, la politique transpire par tous les pores de la société burkinabé. Dans les maquis, à la maison, aux terrasses des cafés, chacun y va de son commentaire, son analyse, ses prédictions sur l’élection présidentielle qui doit se tenir en octobre 2015. Transition, justice, avenir sont les maîtres mots des conversations. 

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