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La bataille de l'industrie, de Loïk Le Floch-Prigent

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05 janvier, 2016
Note de lecture
Leslie Varenne


Le dernier livre de Loïk Le Floch-Prigent est un ouvrage d’une actualité brûlante car il traite des problèmes majeurs auxquels la France est confrontée aujourd’hui : l’avenir de son industrie et de sa souveraineté. Evidemment, les deux vont de pair surtout lorsqu’il s’agit d’industries stratégiques comme Alstom ou Ariane 6. Ce sont deux exemples particulièrement édifiants, ils ne sont malheureusement pas les seuls. 

D’échecs désolants en succès remarquables, l’ancien PDG d’Elf, de la SNCF ou de Gaz de France connaît son sujet sur le bout des doigts. De chapitre en chapitre c’est toute l’histoire de l’industrie française qui défile, avec son lot de créations, de fusions, d’acquisitions, de restructurations. A travers l’aventure industrielle qu’il décrit, se lit l’histoire d’une nation. Et lorsque, comme c’est le cas depuis ces trente dernières années, ce tissu industriel se délite, le pays s’étiole, le rang des chômeurs gonfle, la jeunesse et les personnels les mieux formés s’expatrient. Loïk Le Floch-Prigent pose un diagnostic sévère et affligeant : « Notre industrie nationale va dans le mur. Globalement, notre production industrielle décroît, nos marges sont laminées, nos entreprises survivantes se délocalisent, certaines avec leurs états-majors, et d’autres se vendent, tandis que les capitaux étrangers finissent par être majoritaires au sein de nos fleurons nationaux. La déprime s’installe. »

Les cartes en mains

Si le tableau est sombre, pour l’auteur, qui refuse de voir son pays transformé en parc d’attractions, la France a des cartes à jouer et des solutions existent : « Notre pays, conserve des atouts, on peut l’espérer, inaliénables. Notre système d’enseignement est de qualité, spécialement nos écoles d’ingénieurs et nos universités. Mais surtout, les Français travaillent bien, vite, avec une grande réactivité. Ce sont des travailleurs intelligents. Ils manifestent de l’énergie, de la créativité et de la tempérance. On a tout pour faire un grand pays et pour réussir. » La France a également d’énormes capacités d’investissements qui ne sont malheureusement pas utilisées pour favoriser l’industrie. Loïk Le Floch-Prigent déplore ses règles absurdes : « La France brille par une ineptie aussi spectaculaire que suicidaire : d’un côté, nous concentrons 2 000 milliards d’euros dans l’assurance-vie et, de l’autre, il lui est défendu d’en allouer 1 euro à l’industrie, pour des raisons prudentielles. Comment le même pays peut-il à la fois seriner qu’« Impossible n’est pas français » et se cabrer contre le risque créatif, même minime ? »

Les mauvais joueurs 

Dans ce livre l’auteur déplore également les freins qui risquent de faire perdre cette bataille de l’industrie. Le premier est l’absence de volonté politique, mais ce n’est pas le seul : incompétence, manque de vision sont d’autres maux. Il faut également ajouter le fameux capitalisme à la française qui choisit ses managers plus sur une cooptation des élites que sur leurs connaissances de l’entreprise : « On juge la pertinence d’une stratégie et la valeur d’un stratège à leurs fruits. » écrit-il. Non sans humour, Loïk Le Floch-Prigent dénonce également les phénomènes de mode qui existent dans l’industrie comme ailleurs. A certaines époques, pour être élu « manager de l’année » il fallait que le manager en question se « recentre sur son corps de métier ». Quelques temps plus tard, la tendance est à la « taille critique » ! Une chose et son contraire sans la moindre raison économique ou industrielle. Aujourd’hui pour être moderne, il faut être global. A l’image du président exécutif d’Airbus Group, Tom Enders, qui, a tenu à préciser : « Nous ne sommes plus franco-allemand ou germano-français, nous sommes globaux. »

Il faut lire ce livre comme un plaidoyer, un appel à se retrousser les manches, pour en finir avec toutes ces absurdités qui nuisent à l’industrie comme à la souveraineté. La France gagnera-t-elle la bataille de l’industrie ? La réponse est dans l’exergue de Saint-Exupéry que Loïk Le Floch-Prigent a choisie : « Dans la vie, il n’y a pas de solutions, il y a des forces en marche, il faut les créer et les solutions suivent. »

 

La bataille de l’industrie
La France va-t-elle la perdre ?
Peut-elle la gagner ?
Editions Jacques-Marie Laffont