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Notes d'analyse



OIF : quatre ans de malheurs


14 oct, 2018 Leslie Varenne

Le 5 octobre dernier, Denis Mukwege reçoit le prix Nobel de la Paix, c’est une grande nouvelle, c’est une bonne nouvelle. Ce médecin congolais est trop souvent réduit à son activité de gynécologue : « l’homme qui répare les femmes », alors que son action s’inscrit dans un contexte plus large, celui de la reconstruction des blessés d’une guerre qui se déroule dans l’Est du Congo depuis 24 ans. Ce prix est donc une reconnaissance, certes tardive, de toutes les victimes de la République Démocratique du Congo (RDC), ce pays dont la chair est à vif depuis de trop longues années. Mais les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le 12 octobre, Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires Etrangères du Rwanda, de décembre 2009 à octobre 2018, est nommée à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Cette désignation est une gifle infligée à tous les Congolais. Personne n’ignore ou ne peut ignorer, il suffit de lire les rapports de l’ONU, le rôle central qu’a joué et que joue encore le Rwanda dans la déstabilisation et les crimes perpétrés en RDC. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’offrir le siège de la francophonie à un petit Etat, devenu anglophone, en insultant le plus grand pays francophone au monde (la RDC compte 80 millions d’habitants). Mais cet affront ne concerne pas uniquement les Congolais, il touche également tous les Africains avides d’alternance, de liberté et de développement. Comment expliquer une telle bourde de la diplomatie française qui a œuvré à cette nomination ? Sûrement pas par l’exemplarité supposée de Kigali en matière de droits de femmes ou de nouvelles technologies, comme Emmanuel Macron le déclare à l’envi.

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De la crise de 2008 à celle de 2020


08 oct, 2018 Jean-Luc Baslé

Exceptionnellement, l'IVERIS reprend un papier paru dans un autre média, Les Echos, car cet article très clair et très argumenté de Jean-Luc Baslé, ancien directeur de Citigroup New-York, alerte sur la crise financière à venir. A la fin de cette note, nous publions également les commentaires pertinents du Général Dominique Delawarde

Les annonces d’une prochaine crise économique et financière se multiplient aux Etats-Unis. Après l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, c’est au tour de Nouriel Roubini, professeur à la New York University de prévoir une crise pour 2020 (2). En soi, ce n’est pas un scoop, les crises sont récurrentes dans le système capitaliste, et le cycle actuel d’expansion est le second le plus long après celui des années 2000. Mais, la qualité du premier, et la crédibilité du second qui fut l’un des rares à prévoir la crise de 2008, confèrent une résonnance particulière à leurs annonces.

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Le Sahel est-il une zone de non-droit ?


06 oct, 2018 Leslie Varenne

La CIA a posé ses valises dans la bande sahélo-saharienne. Le New-York Times l’a annoncé, le 9 septembre dernier. Le quotidien US, a révélé l’existence d’une base de drones secrète non loin de la commune de Dirkou, dans le nord-est du Niger. Cette localité, enclavée, la première grande ville la plus proche est Agadez située à 570 km, est le terrain de tir parfait. Elle est éloignée de tous les regards, y compris des autres forces armées étrangères : France, Allemagne, Italie, présentes sur le sol nigérien. Selon un responsable américain anonyme interrogé par ce journal, les drones déployés à Dirkou n’avaient « pas encore été utilisés dans des missions meurtrières, mais qu'ils le seraient certainement dans un proche avenir, compte tenu de la menace croissante qui pèse sur le sud de la Libye. » Or, d’après les renseignements recueillis par l’IVERIS, ces assertions sont fausses, la CIA a déjà mené des opérations à partir de cette base. Ces informations apportent un nouvel éclairage et expliquent le refus catégorique et systématique de l’administration américaine de placer la force conjointe du G5 Sahel (Tchad, Mauritanie, Burkina-Faso, Niger, Mali) sous le chapitre VII de la charte des Nations Unies.

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CPI : le film n'est pas fini...


27 sept, 2018 Leslie Varenne

A la tribune de l’assemblée générale des Nations Unis, Donald Trump, s’est livré à une sévère saillie contre la Cour Pénale Internationale (CPI). Cette institution n’a à ses yeux « aucune légitimité, aucune autorité », les USA « n’abandonneront jamais la souveraineté américaine à une bureaucratie mondiale non élue et irresponsable ». Ces propos confortent ceux tenus quelques jours plus tôt, par son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton. Cette institution est d’autant plus fragilisée par ces déclarations tonitruantes, que les principaux Etats qui la financent, Japon, Royaume-Uni, Allemagne, France, ne l’ont pas ou peu soutenu lors de ces attaques. En attendant, de savoir à quelle sauce elle va être mangée, la CPI poursuit ses travaux et a un rendez-vous très attendu le 1er octobre avec la Côte d’Ivoire.

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Arctique : l'autre route de la soie


20 sept, 2018 Boris Laurent

Pékin, Karakorum, Samarkand, Boukhara, Astrakhan… ces noms évoquent encore aujourd’hui les cités-relais de la route de la soie par où transitaient d’innombrables richesses. Depuis plusieurs années, la Chine reconstitue cette célèbre route et bâtit plusieurs grands axes qui débouchent notamment sur le marché européen. Dernier projet en date : une route de la soie polaire, passant par l’Arctique.

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CPI : John Bolton a raison !


16 sept, 2018 Leslie Varenne

Lorsque John Bolton déclare, le 11 septembre dernier, que la Cour Pénale Internationale est « inefficace, irresponsable et dangereuse », il a raison. Lorsque l’ancien conseiller de Georges W.Bush, désormais conseiller à la Sécurité Nationale de Donald Trump, dit que la CPI est déjà morte pour eux, il a encore raison. En décembre 2016, l’IVERIS ne signifiait pas autre chose en écrivant : « la CPI n’a aucune chance de sortir de l’unité de soins palliatifs dans laquelle elle s’est elle-même installée ». Pour autant, partager les constats ne signifie pas nécessairement être en accord avec les causes.

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Mali : et maintenant la crise postélectorale...


09 sept, 2018 Yehia Ag Mohamed Ali

L'IVERIS initie une série d'articles courts sur le temps forts de l'été en Afrique francophone. Le premier article est dédié à l'élection présidentielle malienne. 

Le premier tour de l’élection présidentielle, qui opposait 24 candidats, s’est déroulé le 29 juillet 2018. Ce scrutin a été fortement contesté par 20 candidats et un consensus semblait se dégager pour que tous boycottent le deuxième tour. A la surprise des autres candidats contestataires, Soumaïla Cisse, arrivé juste après le président sortant Ibrahim Boubakar Keïta (IBK) a décidé d’aller au second tour, qui a eu lieu le 12 août. Ce scrutin a confirmé la victoire d’IBK avec 67% des voix.
Soumaïla Cisse et une partie des candidats (environ une dizaine) refusent de reconnaître ces résultats et ont engagé une série de marches et meetings pour dénoncer la fraude et la corruption.

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La Russie opére un retour spectaculaire en Afrique subsaharienne


03 sept, 2018 Leslie Varenne

En octobre 2016, dans le cadre de l’activité de son Institut, l’IVERIS avait reçu, lors d’une réunion privée, un diplomate russe. Aux questions posées sur la place de la Russie en Afrique, le représentant de la Fédération de Russie, s’était montré un brin nostalgique, déplorant la disparition de l’influence de Moscou sur le continent depuis la fin de la guerre froide. A peine deux ans plus tard, il est difficile d’établir une liste exhaustive des dizaines de coopérations russo-africaines, dans les domaines militaires, énergétiques, miniers ou encore nucléaires, signées ou en passe de l’être. Le mémorandum paraphé, en juillet 2018 lors du sommet des BRICS à Johannesburg, avec la Communauté de Développement de l’Afrique australe (SADC) est sans doute l’un des accords les plus marquants. Cette organisation régionale très influente compte 16 pays et non des moindres, comme l’Afrique du Sud, la République Démocratique du Congo (RDC) ou encore l’Angola. Ce qui surprend, c’est la vitesse avec laquelle ces partenariats ont été effectués, la plus grande partie ayant été ratifiée entre 2017 et le premier semestre 2018. Avant la chute du mur, Moscou avait signé 37 pactes d’assistance technique et économique et 42 accords commerciaux, aujourd’hui, elle n’est pas loin de renouer avec ses scores d’antan.

Excepté en RDC où les Congolais voient d’un mauvais œil un soutien russe au président Kabila, après l’accord de coopération militaire passé entre les deux Etats, la majorité des opinions publiques des pays concernés regarde goguenarde cette avancée, pas fâchée de voir les anciens colonisateurs et les USA se faire coiffer au poteau. Les dirigeants occidentaux, eux, déjà passablement agacés de ne pouvoir contenir la Chine sur le continent, s’irritent et s’alarment. Faut-il comprendre les récents voyages de Theresa May et d’Angela Merkel en Afrique à l’aune de cette sourde inquiétude ? (1)


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De l’EaU dans le gaz entre Washington et Moscou


01 juil, 2018 Bruno Husquinet

Dans un article récent de géo-économie, le spécialiste de la Russie Gordon Hahn dénonce une guerre du gaz, dans laquelle les trois protagonistes, l’Europe, la Russie et les Etats-Unis ont des intérêts différents. Comme l’avait déclaré le ministre belge des Affaires Etrangères Didier Reynders, le 14 novembre 2016, l’élection de Donald Trump représentait une occasion pour l’Europe de s’unir et de définir ses propres priorités face à une économie américaine pesant dix-neuf billions de dollars

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Mali : comment survivre à l’élection présidentielle ?


24 juin, 2018 Yehia Ag Mohamed Ali

L’élection présidentielle doit se tenir le 29 juillet prochain. De nombreuses voix, parmi les candidats de l’opposition, mais également au sein de la population, s’élèvent pour questionner la capacité et la volonté du pouvoir en place d’organiser un scrutin juste, crédible, transparent. Ces doutes sont-ils fondés ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de revisiter l’histoire du Mali depuis la chute de Moussa Traoré en 1991 et le rôle joué, depuis cette date, par le tandem formé de l’actuel Président, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et son Premier ministre, Soumeilou Boubèye Maïga. 

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Alstom-General Electric : qu’a fait l’Etat ?


15 juin, 2018 Loïk Le Floch-Prigent

On a peine à se rappeler tous les épisodes de la débandade d’Alstom depuis l’annonce de la cession du département Energie à General Electric suivie de l’absorption par Siemens du département Transports. La conclusion est claire, General Electric n’a pas tenu les engagements dont l’Etat était le garant : où est donc le maintien d’activités et les créations d’emplois promises ? Et ce soir, sans rire, on nous annonce que l’on a fait les gros yeux et que si General Electric ne crée pas les emplois en fin d’année …elle subira une pénalité de 34 millions d’eurox ! Une société de 100 milliards de chiffre d’affaires qui achète Alstom Energie pour quelques milliards, et voilà la menace, 34 millions d’euros ! une rigolade !

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Pourquoi les Américains s’incrustent-ils en Afghanistan ?


12 juin, 2018 René Cagnat

Conférence de René Cagnat, docteur en sciences politiques et chercheur associé à l'IRIS, lors du festival de géopolitique de Grenoble en mars 2018.

« Nous ne savons pas pourquoi nous sommes en Afghanistan ! Comment peut-on vaincre dans ces conditions ? » Telle est la déclaration faite, en début d’année, par un sous-officier américain. Pour "s'incruster", le dictionnaire donne la définition suivante : « adhérer fortement à un corps, s’y implanter ». Les Etats-Unis ont fait leur trou en Afghanistan, mais comme le disait Winston Churchill « Quand on est au fond du trou, il est grand temps d’arrêter de creuser et de regarder ce qui se passe en haut… »

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Commerce international : une querelle dérisoire


12 juin, 2018 Jean-Luc Baslé

Donald Trump a bousculé l’échiquier mondial au nom de son slogan « America First ». Il l’applique en priorité à l’économie en vue de faire revenir aux Etats-Unis des emplois partis à l’étranger. C’est une mauvaise querelle qui repose sur une mécompréhension des faits. Ceci dit, avant d’entamer notre propos, reconnaissons qu’il a raison au sujet de l’Allemagne. Sa politique est mercantile depuis la fin du 19ème siècle. Elle se conduit en passager clandestin en termes de défense ce qui bien sûr favorise son commerce extérieur. Avec l’euro, elle bénéficie d’un Deutschemark mark dévalué d’environ 10%. Sa politique mercantile est en infraction des règles du Fonds monétaire international, de l’Organisation Mondiale du Commerce et de l’Union européenne. Elle a été condamnée par l’OCDE et le Trésor américain sans résultat. Voilà pourquoi Angela Merkel est si prudente dans sa réaction aux propos de Donald Trump.

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Sanctions américaines contre l'Iran, une épreuve de vérité pour l'Europe


31 mai, 2018 Roland Hureaux

L’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA), signé par Obama le 14 juillet 2015, levant les sanctions à l’égard de l’Iran en échange du gel de son programme d’armement nucléaire ne saurait nous surprendre dans son principe : il est la réalisation d’une promesse de campagne de Donald Trump. On est cependant étonné par sa brutalité et la première victime pourrait en être non l’Iran mais l’Europe.

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Alstom, fin de partie ?


21 mai, 2018 Loïk Le Floch-Prigent

Les dernières nouvelles tombent, les fameuses co-entreprises avec General Electric deviennent la propriété exclusive des Américains, Alstom-Transport, en pleine forme financière, s’intègre dans l’Allemand Siemens, et STX, Les Chantiers de l’Atlantique, deviennent une partie de l’Italien Ficantieri. General Electric comprime l’activité hydraulique d’Alstom, s’interroge rétrospectivement sur l’intérêt de cette acquisition et la Commission Parlementaire Française conclut sur des interrogations, dont certaines sont contradictoires, pendant ce temps le bouc émissaire purge sa prison aux USA. Beau résultat pour notre pays et on s’interroge sur notre capacité aux uns et aux autres de peser sur des décisions stupides, irraisonnées, irresponsables qui finissent par produire les conséquences annoncées : un désastre national d’un des fleurons de notre industrie.

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Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué


15 avril, 2018 Elijah J. Magnier

Donald Trump a dû redescendre du piédestal sur lequel il était monté il y a quelques jours en rassemblant une force militaire imposante et une puissance de feu rappelant « l'opération Tempête du désert », sans toutefois engager les forces terrestres. Le « plan A » prévoyait une attaque dévastatrice sur la Syrie afin de détruire son armée, le palais présidentiel, ses centres de commandement et de contrôle, ses troupes d’élite, ses entrepôts militaires et de munitions stratégiques, ses radars, ses systèmes de défense et les institutions de ses dirigeants politiques.

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Swing moldave : un pas à l'Ouest


15 avril, 2018 Bruno Husquinet

Les scandales financiers et l’amertume populaire envers l’Europe ont contribué à l’ascension au pouvoir en novembre 2016 de Igor Dodon, le nouveau président moldave résolument tourné vers Moscou. Ce pas vers l’Est a suscité beaucoup d’inquiétudes en Occident et en Moldavie. Depuis lors, le balancier moldave est reparti vers l’ouest.

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La guerre en Syrie est terminée, mais les USA demeurent dangereux


06 avril, 2018 Elijah J. Magnier

Selon une source digne de foi à Ankara, voici ce que les Présidents, russe, turc et iranien ont convenu lors de leur rencontre dans la capitale turque le mercredi 4 avril : « la guerre en Syrie est terminée, mais les forces armées US et les conséquences de leur dangereuse présence demeurent. Un changement de régime n’est plus possible et le régime syrien, plus solide que jamais, est aujourd’hui en mesure de changer la situation sur le terrain. Il est temps de mettre fin à al-Quaeda et à ce qui reste du groupe armé « État islamique » (Daech), et d’amorcer un processus de réconciliation nationale. »

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Argent public libyen, le mystère reste entier…


24 mars, 2018 Leslie Varenne

Si la mise en examen d’un ex-chef d’Etat français n’a rien d’anodin, cette affaire de financement d’une campagne électorale par l’ancienne Jamahiriya, ne représente pourtant que l’écume d’un dossier tentaculaire et toujours brûlant. Les sommes en jeu, entre 20 et 50 millions d’euros, selon les sources, 38 000 euros, d’après Nicolas Sarkozy, sont ridicules au regard des montants spoliés à l’Etat libyen par les pays de la coalition arabo-occidentale qui ont mené la guerre de 2011.

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La Syrie sera-t-elle la cause d’une guerre totale entre la Russie et les USA ?


17 mars, 2018 Elijah J. Magnier

Il ne s’agit pas de la Syrie, ni d'une guerre sur son sol. Il s'agit d'une guerre ouverte entre l’axe dirigé par les États-Unis d’Amérique, l’Europe et leurs alliés au Moyen-Orient et l’axe dirigé par la Russie et ses alliés. C’est une guerre pour le contrôle, l’influence et la domination de cette région et du reste du monde. Il est naturel que les USA résistent à la perte de la domination unilatérale qu’ils ont exercée après l’effondrement de l’Union soviétique, de 1991 à 2015. Car c’est en septembre 2015 que Moscou a décidé de déployer son armée de l’air, sa marine et des forces spéciales terrestres au Levant pour montrer sa présence à la face du monde et sa renaissance comme superpuissance après des décennies d’absence.

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La légion géorgienne en Ukraine : fusion et confusion


11 mars, 2018 Bruno Husquinet

Créée dans la foulée de la révolution de Maidan, la légion géorgienne fait partie de ces groupes armés non-étatiques étrangers qui se sont invités en Ukraine pour combattre « l’invasion russe », plus que pour défendre les idéaux de la révolution ukrainienne en rêvant d'une plus grande justice sociale. La citation préférée du commandant de cette légion, Mamuka Mamulashvili, est : " Seuls les morts ont vu la fin de la guerre ”. Sur sa page Facebook, il confesse également qu’il est soldat pour que son fils puisse devenir commerçant et pour que son petit-fils soit poète.

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Russiagate : les poupées russes de la conspiration


09 mars, 2018 Jean-Luc Baslé

Russiagate est une succession d’évènements qui s’emboîtent les uns dans les autres, et débouchent sur une conspiration (1). C’est l’illustration de la politisation des services secrets américains et du mépris d’une élite pour la démocratie. En poursuivant les rêves des Paul Wolfowitz, William Kristol et autres Robert Kagan, des hommes politiques comme John McCain, Lindsey Graham, John Bolton et bien d’autres précipitent le déclin d’une nation qu’ils considèrent exceptionnelle. Cette affaire Russiagate est non seulement désastreuse pour les Américains qui dans leur ensemble n’ont pas conscience des enjeux, elle est aussi extrêmement dangereuse pour l’humanité par la résurgence de la Guerre froide qu’elle engendre.

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Vers un nouvel ordre mondial


05 mars, 2018 Jean-Luc Baslé

Dans les quinze dernières minutes de son discours du 1er mars 2018, Vladimir Poutine a fait des révélations fracassantes sur les nouvelles armes russes. Il a mentionné, entre autres, un missile volant à 20 Mach, soit 24.500 kilomètres par heure, grâce à une enveloppe plasma. Ce missile et plusieurs autres rendraient le système de défense des Etats-Unis obsolète. L’annonce est si extraordinaire qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’il bluffe. Peut-être, mais ce n’est pas dans son caractère, et il serait très irresponsable de bluffer sur un tel sujet. Qu’adviendrait-il de la Russie une fois le bluff découvert ? Se peut-il alors qu’il soit abusé par ses généraux ? C’est possible, mais peu probable. Qui souhaite avoir affaire à un Poutine furieux ? La raison nous incite donc à prendre ses affirmations pour argent comptant. La chose est trop sérieuse pour être prise à la légère.

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Bras de fer entre la Coalition occidentale et les BRICS


05 mars, 2018 Général Dominique Delawarde

Nul ne le conteste aujourd'hui, c'est le coup de bluff de Ronald Reagan, le 23 mars 1983, qui a permis de gagner la guerre froide. Ce jour-là le président Reagan dévoile un grand défi militaire US baptisé « la Guerre des étoiles ». Il s'agissait du projet de bâtir un bouclier de satellites équipés de lasers capables de détruire en vol tous les missiles ennemis. Ce système ne verra jamais le jour mais le bluff a fonctionné. L'URSS a tenté d' emboîter le pas aux USA, au prix de dépenses énormes. Elle s'est épuisée jusqu'à l'effondrement, engloutie par la folie de son appareil militaro-industriel. C'est donc bien par l'effondrement économique de l'adversaire que la  "Coalition occidentale" d'alors a gagné la guerre froide sans le moindre affrontement militaire. Aujourd'hui deux conceptions de l'organisation  du monde s'opposent de plus en plus ouvertement dans un véritable « bras de fer » plus ou moins feutré.

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Afrin paye le prix de la lutte entre les USA et la Russie


22 févr, 2018 Elijah J. Magnier

L’armée syrienne prendra-t-elle finalement le contrôle de la ville syrienne kurde d’Afrin ? Des centaines de membres des forces populaires syriennes (la brigade al-Baker), la plupart provenant des villes chiites avoisinantes de Nub’ul et Zahra, sont entrés dans l’enclave d’Afrin pour soutenir les Kurdes et s’opposer aux forces turques et à leurs alliés. En acceptant d’envoyer des forces armées soutenir les Kurdes, Damas a rompu le « rameau d’olivier » ( nom de code donné à l’opération turque à Afrin) et a décidé de s’en prendre aux forces d’Ankara et à ses mandataires. Une première échauffourée s’est d’ailleurs produite quelques minutes après l’arrivée des forces syriennes à Afrin, mais celles-ci, qui avaient reçu clairement l’ordre de riposter aux tirs, ont lancé leurs premiers obus contre les forces turques marquant ainsi la première confrontation directe de l’année entre la Syrie et la Turquie.

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Mali : les dangers de la seule option militaire


12 févr, 2018 Yehia Ag Mohamed Ali

La dégradation sécuritaire au Mali est préoccupante. Pour le seul mois de janvier 2018, selon le chef d’Etat-major malien, au moins 80 personnes, dont 29 militaires ont été tuées dans des attaques terroristes. L’assaut contre le camp militaire de Soumpi, le 27 janvier dernier, revendiqué par le Groupe de Soutien de l’Islam et des Musulmans (JNIM), marque incontestablement un tournant dans cette guerre de basse intensité. Les conflits sont toujours générés par de multiples causes. Cet article, analyse seulement les facteurs internes au Mali et détaille et les événements militaires survenus depuis 2006 - date qui marque le début des tensions sécuritaires - qui ont conduit à la situation actuelle.  

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La Russie offre aux USA un « rameau d’olivier » à Afrin


29 janv, 2018 Elijah J. Magnier

La Turquie a lancé son opération militaire baptisée « Rameau d’olivier » dans la région kurde d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie. Ce nom de code a été révélé par le chef de cabinet turc, qui a expliqué que l’opération visait à empêcher l’expansion des Unités de protection du peuple et du Parti de l’union démocratique le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie, qui représentaient une menace pour la sécurité nationale turque. L’attitude des USA envers les Kurdes à Afrin est des plus intéressantes. Le général américain Vottel a dit qu’il n’était personnellement « pas concerné par ce qui se passe dans l’enclave kurde au nord-ouest de la Syrie », où Washington s’est servi des Kurdes pour attaquer Daech. Mais nous ne sommes plus surpris de voir les USA veiller à leurs propres intérêts sans égard pour ceux de leurs alliés, comme les Kurdes irakiens ont pu le constater lorsqu'Erbil a déclaré son indépendance : les USA les ont alors tout bonnement abandonnés.

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General Electric/Alstom, une bien triste histoire


26 janv, 2018 Loïk Le Floch-Prigent

Je n’aime pas les oraisons funèbres, je cherche à sortir positivement du dossier Alstom où la clairvoyance n’a pas été au rendez-vous. La volonté, assez inattendue, du Président d’Alstom de céder 70% de sa société, le département énergies, à General Electric (GE), est venue donner une illustration imprévue à mes observations sur la nécessité de lutter contre l’abandon de notre secteur productif et sur son renouveau possible.

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RDC : le jour se lèvera


17 janv, 2018 Leslie Varenne

Pendant combien de temps encore le fleuve Congo, l’un des plus beaux du monde, charriera-t-il des cadavres ? Ce pays semble oublié des dieux, mais pas des églises. « Le dimanche 31 décembre 2017, main dans la main nous marcherons pour sauver le Congo, notre patrimoine commun dans le respect sacré des personnes et des biens. - Libérons-nous de la peur, de la résignation et de l’inertie coupable. ». L’appel du Comité Laïc de Coordination (CLC), une structure laïque de l'église catholique, a été entendu. Dans les diocèses, les paroisses, bible à la main, ils sont venus, mais l’armée et la police ont bloqué les marches et tiré à balles réelles sur les fidèles, les ont attaqués au gaz lacrymogène parfois au sein même des lieux saints. Les croyants calmaient l’irritation de leurs yeux avec l’eau bénite. Bilan humain : huit morts, de nombreux blessés et des centaines d’arrestations, y compris des enfants de chœur (1). Le bilan politique, aussi, est catastrophique, cette énième répression de manifestations pacifiques en RDC a déclenché l’ire du cardinal Laurent Monsengwo qui a déclaré : « il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en RD Congo. » (2)
Le 12 janvier, dans une cathédrale bondée avec au premier rang le ban et l’arrière ban du corps diplomatique en poste à Kinshasa côtoyant les opposants congolais, le Cardinal a célébré une messe en l’honneur des « martyrs de la Saint Sylvestre ». A la fin de la cérémonie, des tirs se sont fait entendre aux abords du lieu saint, deux blessés sont à déplorer. La CLC ne désarme pas et appelle, à nouveau, les fidèles à marcher le 21 janvier.

Joseph Kabila, qui ne peut constitutionnellement plus se parer du titre de Président, a trouvé sur son chemin un obstacle à franchir, qui n’a été déposé sur sa route ni par la « communauté internationale » ni par l’opposition congolaise.

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La Turquie regarde du côté d'Afrin, quelle est la position de Damas ?


13 janv, 2018 Elijah J. Magnier

Depuis plus de six mois, la Turquie brandit sa bannière de guerre devant la ville kurde syrienne d’Afrin, ville située au nord-ouest de la Syrie, en ayant déployé jusqu’ici plus de 15 000 hommes et leur équipement : pièces d’artillerie, logistique, assistance médicale, munitions. Ces préparatifs de guerre sont dirigés apparemment contre les Unités de protection du peuple kurde (Yekîneyên Parastina Gel – YPG), la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), l’ennemi juré de la Turquie. Mais quelles sont les positions de la Russie et du gouvernement de Damas à l’égard des plans belliqueux de la Turquie ?

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Qui est derrière les manifestations en Iran ? Qui en profite ?


09 janv, 2018 Elijah J. Magnier

Les Iraniens sont descendus dans la rue, laissant derrière eux plus de 20 morts et des centaines d’arrestations dans différentes villes iraniennes. Ces manifestations regroupant plusieurs milliers de personnes sont considérées comme la plus grande opposition au gouvernement depuis le Mouvement vert de 2009. La grande question qui se pose est celle-ci : Qui est derrière ces manifestations et qui en profite ?

Tant les libéraux que les tenants de la ligne dure et le reste du monde ont été pris par surprise lorsque les manifestations se sont étendues à plusieurs villes juste avant la nouvelle année 2018. En fait, des milliers d’Iraniens sont descendus dans la rue quelques jours avant le rassemblement du 9 du mois de Dey, qui est organisé chaque année pour soutenir la République islamique et ses dirigeants religieux et dénoncer principalement le Mouvement vert des réformistes Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, assignés en résidence depuis.

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La France et la révolution de 1917 : hommage au Limousin


23 nov, 2017 Bruno Husquinet

La "Marianne soviétique" montage Iveris

Dans l’Hexagone, comme en Russie, le centenaire de la révolution de 1917 passe discrètement (1). Ainsi, la diplomatie française a organisé de nombreuses festivités autour du thème : « Comment 1917 a changé le monde : le centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale ». Certes, l’intervention américaine a modifié le cours de l’histoire. Néanmoins, la révolution de 1917 se qualifie indubitablement, pour le titre d’évènement ayant changé le monde… et la France aussi !

L’histoire de la Russie et celle de la France sont intimement liées, à plus d’un égard, au cours de ces années-clefs. Tout d’abord, la Russie, a envoyé un corps expéditionnaire en France pour soutenir l’effort de guerre sur le front de l’Ouest, bien avant l’arrivée des troupes américaines. En 2011, lors de l’inauguration d’un monument à Paris, François Fillon honora leur mémoire : « Ils furent plus de 20 000, soldats et officiers, choisis parmi les meilleurs. Ils venaient de Moscou, d’Ekaterinbourg ou de Samara. Après un long périple à travers la Sibérie et la Chine, après avoir franchi le Golfe d’Aden et le Canal de Suez, les premiers d’entre eux débarquèrent à Marseille au printemps 1916. D’autres brigades arrivèrent ensuite à Brest et la Rochelle, en provenance d’Arkhangelsk. »

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Que faire de la révolution de 1917 ?


07 nov, 2017 Bruno Husquinet

Alors que la révolution de 1917 représente un tournant fondamental de l’histoire mondiale, ce centenaire restera, sans doute, dans les mémoires comme le jubilé le moins commémoré. Récemment, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré qu’il n’y avait rien à célébrer, signifiant ainsi combien le malaise est grand et multiple en Russie comme ailleurs. Selon, l’historien Marc Ferro, les souvenirs de cet événement, pour beaucoup, sont douloureux.

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Le pivot africain


01 nov, 2017 Leslie Varenne

L' Afrique de l'Ouest dans l’œil du cyclone US

Depuis la mort de quatre soldats des Etats-Unis au Niger, tombés dans une embuscade le 4 octobre dernier, les citoyens américains découvrent l'Afrique et la présence de leur armée sur ce continent. Cet engagement n'est pourtant pas nouveau. Sous les deux mandats de Barack Obama, leur présence militaire n'a cessé de croître. SOFRICA, le commandement des opérations spéciales en Afrique dont le siège est à Tampa en Floride, et Africom, le commandement des USA pour l'Afrique, basé à Stuttgart en Allemagne, ont multiplié leurs bases et leurs opérations (1). Selon Vice News : « En 2006, seulement 1% de tous les commandos américains déployés à l'étranger se trouvaient en Afrique. En 2010, ils étaient 3% ; en 2016, ce nombre avait bondi à plus de 17%.» (2). Le Pentagone reste très discret, secret sur son engagement dans cette partie du monde. Officiellement, ils seraient 6000 G.I. dispatchés sur tout le continent, mais ce chiffre est, sans aucun doute, fort éloigné de la réalité (3). En effet, la base de Djibouti héberge 4000 soldats, le Niger en compte, à lui seul, 1000 et les militaires américains sont présents dans au moins vingt pays (4-5). Le compte n’y est pas....

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Ordre moral et conflits armés


09 oct, 2017 Bruno Husquinet

Intervention de Bruno Husquinet lors du Forum International de Kharkiv sur le Droit et le Développement Durable dans un Monde Global (2-6 octobre 2017).

Déjà au 4ème siècle, Saint Augustin observait que sans justice, les royaumes ne seraient que des bandes de criminels à grande échelle. Il ajoutait que là où il n’y avait pas de justice, il n’y avait pas de bien commun. Au 21ème siècle, à l’heure de la globalisation, ses paroles ont conservé toute leur acuité.
Lorsque le terme “globalisation” s’est popularisé dans les années 1970-1980, il s’agissait d’ouvrir plus de marchés et d’assurer la libre circulation des biens et capitaux. Selon Joseph Nye et Robert Keohane, une économie plus connectée engendrait une plus grande interdépendance entre Etats.
En 1991, le modèle Occidental l’a emporté sur le modèle Soviétique. Le libéralisme occidental a étendu ses institutions de commerce et de finance à travers le monde. Il est devenu LE système économique international. Durant la décennie qui suivit, les Etats-Unis ont dominé le monde devenu unipolaire. Ensuite, le mouvement de globalisation a accéléré son rythme de façon exponentielle avec l’explosion d’Internet qui a bouleversé tous les aspects de notre vie. Le monde est devenu un village, comme il était coutume de dire, et l’ère digitale a ouvert un nouvel âge économique.

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Tendance automne/Hiver 2017 : french bashing en Afrique


25 sept, 2017 Leslie Varenne, Yehia Ag Mohamed Ali

Le 16 septembre 2017, Ayman al-Zawahiri, le chef d’al-Qaeda, s’est adressé aux Africains et les a appelés à combattre la France qu’il accuse « de revenir en Afrique » (1). Dans son allocution, il s’est référé à Omar el-Mokhtar, héros de la lutte armée libyenne contre l’Italie coloniale. Ni cette accusation, ni le choix de cette figure légendaire ne sont dus au hasard. Si aucun dirigeant de l’Hexagone ne semble avoir pris la mesure du sérieux ressentiment anti-français qui prévaut actuellement dans tous les pays d’Afrique francophone, en revanche, le leader de l’organisation terroriste, lui, l’a bien compris. Plus qu’un véritable appel au djihad, cette déclaration est avant tout opportuniste. Il revendique, par anticipation, la paternité des effets que pourraient avoir les diatribes anti-françaises en cours sur le continent, d’une ampleur jamais égalée, y compris à l’époque des luttes pour l’indépendance. Pas un jour ne passe sans recevoir des fausses informations imputant à Paris de terribles méfaits. Ici des images de soldats français pillant de l’or à Kidal, dans le Nord du Mali, mais le montage photo mal réalisé laisse apparaître des arbres n’existant pas dans cette région. Là, des révélations dites explosives : « La France arme Boko Haram », « La France pille l’Afrique », derrière les titres accrocheurs ce ne sont que des manipulations, de vieilles informations sorties de leur contexte. Les réseaux sociaux s’enflamment. L' ancien Etat colonisateur est responsable de tous les maux, de toutes les souffrances, les peuples gardant, souvent à tort, l’image ancienne de la toute-puissance française. 

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Macron dans tous ses Etats


31 aout, 2017 Bruno Husquinet

Alors que beaucoup de Français questionnent la politique du jeune président, sa cote de popularité plonge dans les sondages. Mais en est-il de même dans tous les Etats qu’ Emmanuel Macron dirige ? En effet, depuis 1993 date de l'adoption de la nouvelle constitution d'Andorre, le Président français devient automatiquement, dès sa prise de fonction, co-prince de cette principauté. Une aubaine pour le petit pays que d’avoir un co-chef d’Etat anciennement banquier d’affaires à la banque Rothschild. L’autre co-prince partageant la fonction, est l’Evêque d’Urgel, en place lui depuis 2003.  

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Europe de la défense et capacités militaires


04 juin, 2017 Général Dominique Delawarde

L'Institut Thomas More a publié une note très intéressante sur les capacités militaires que les pays européens pourraient engager au sein d'une "Europe de la Défense ". L'IVERIS publie cette étude assortie des commentaires avisés du Général Dominique Delawarde (1). 

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La Côte d'Ivoire face à ses démons


19 mai, 2017 Leslie Varenne

Pour la quatrième fois en six ans, des mutins ont tenu la Côte d’Ivoire au bout de leurs kalachnikovs. Pendant quatre jours, une grande partie d’Abidjan et presque toutes les villes de l’intérieur ont été sous leur contrôle. Ce dernier accès de fièvre, n’est en réalité rien d’autre que le énième soubresaut de la guerre de 2011 qui n’en finit pas de livrer ses spasmes. Si cette guerre n’a pas produit des effets aussi visibles et délétères que celle qui a eu lieu en Libye, elle a néanmoins engendré une crise systémique qui secoue le pays à intervalles réguliers. Le Président Alassane Ouattara est un des premiers responsables de cette situation, mais il en est aussi le prisonnier. Comme en Irak en 2003, l’armée républicaine de Côte d’Ivoire a été totalement déstructurée par cette guerre. Depuis son accession au pouvoir, il est un chef sans armée, dépendant des commandants de l’ex-rébellion qui l’ont aidé à s’installer. En six ans d’exercice, il n’a pas su, pas pu ou pas voulu remédier à cette situation. Il n’a donc pas eu d’autre solution que de plier, de satisfaire les exigences des soldats insoumis et de payer les 7 millions de CFA réclamés par chacun des 8400 insurgés, quitte à sortir de cette séquence très affaibli (1). De toute évidence, il n’y avait pas d’alternative, puisque l’armée « loyaliste » ne montrait aucune velléité d’aller mater les mutins.


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Quelle pourrait être la politique étrangère d’Emmanuel Macron ?


28 avril, 2017 Leslie Varenne

Ils étaient 11, il n’en reste plus que 2. Dans cette campagne présidentielle qui ressemble à un jeu de téléréalité, la politique internationale a été, une fois encore, le parent pauvre du débat. Pourtant, le monde est en proie à de grands tremblements ; le risque d’attaque nucléaire est sérieusement envisagé ; la catastrophe afghane est réactivée [1], chaque jour des milliers de civils meurent dans les guerres d’Irak, de Syrie, du Yémen ou lors de conflits larvés comme en République Démocratique du Congo, au Congo Brazzaville, dans le Sahel. Ce début de 21ème siècle signe également la recrudescence de pratiques barbares lors de ces conflits [2]. Face à cet état des lieux, que fera Emmanuel Macron, s’il est élu le 7 mai 2017 ? Remettra-t-il en cause les grandes lignes suivies par le Quai d’Orsay depuis dix ans, qui ont conduit la France à être au mieux inefficace et inaudible, au pire, de se faire l’apôtre des va-t’en guerre ? Sa dernière déclaration concernant la Syrie ne prédispose pas à penser qu’il opérera de changement. Le 28 avril à Amiens, il a, en effet, déclaré « Je condamne avec la plus grande fermeté l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad. Cela contrevient d’une part au Droit International et d’autre part aux accords de 2013. Et donc si je suis élu président de la République, je prendrais les dispositions en lien avec la coalition et, si possible sous mandat de l’ONU, mais même sans mandat de l’ONU pour neutraliser ses capacités chimiques du régime de Bachar el-Assad ». Avec cette annonce, non seulement Emmanuel Macron inscrit ses pas dans les traces des deux derniers Présidents de la République qui ont toujours privilégié les valeurs, « l’ingérence humanitaire », aux principes, le droit international, mais à l’instar de Donald Trump, il s’octroie la possibilité d’une intervention unilatérale. Cela étant, il faut rester prudent et ne pas prendre au pied de la lettre les déclarations d’un candidat en campagne, le pire n’est jamais certain, il y a souvent des gaps abyssaux, heureux ou malheureux entre les paroles et les actes. En revanche, le choix des hommes pressentis pour le conseiller dans ce domaine donne des indications plus crédibles que des bribes de discours déclamés sous les feux de l’actualité. Deux noms ont particulièrement attiré l’attention de l’IVERIS, ceux de Gérard Araud et de Justin Vaïsse.

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Hôpitaux d’Alep : la sale guerre…


14 mars, 2017 Leslie Varenne

Pendant toute la durée du conflit à Alep, les hôpitaux de cette ville ont été au cœur de « l’information de guerre ». Les médias occidentaux et les ONG ont déploré tant de bombardements sur les structures de santé situées dans les quartiers Est, que cette partie de la ville aurait pu passer pour la zone la plus médicalisée au monde. Tant de nouvelles, fausses ou approximatives, ont été relayées qu’il a été difficile de démêler l’écheveau. Cependant, après la libération d’Alep, grâce à l’aide de médecins Aleppins rencontrés lors de la mission humanitaire à laquelle l’IVERIS a pu participer, il est désormais possible de dénouer les fils [1].  

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CPI : autopsie d'un naufrage judiciaire


22 déc, 2016 Leslie Varenne

Partie I

Plusieurs Etats africains ont annoncé leur retrait de la Cour Pénale Internationale (CPI), il s’agit de l’Afrique du Sud, du Burundi et de la Gambie. La Russie a également décidé de retirer sa signature du traité de Rome, qu’elle n’avait, par ailleurs, pas ratifié. L’hémorragie ne devrait pas s’arrêter là puisque d’autres pays, le Kenya, les Philippines, et l’Ouganda ont déjà fait part de leur intention de claquer la porte de cette Institution. La Namibie, quant à elle, a adopté une position originale, elle reste, mais à une condition : que les Etats-Unis en deviennent membre. Ces départs sont importants ; pour autant, ils ne sont pas responsables de l’état de mort cérébrale dans lequel se retrouve cette juridiction, ils ne sont que la conséquence de l’agonie de cette forme de justice internationale. Si la CPI n’a aucune chance de sortir de l’unité de soins palliatifs dans laquelle elle s’est elle-même installée, c’est avant tout parce que l’idéologie qui l’a portée sur les fonds baptismaux a trépassé. Cette Cour a été fondée pour porter les « nobles idéaux » de ses principaux bailleurs de fonds occidentaux : droits de l’homme, droit d’ingérence, protection des populations civiles avec la Responsabilité de Protéger (R2P). Ces « valeurs », répétées à l’infini et tordues dans tous les sens, se sont révélées être de simples instruments d’une politique internationale au service d’un monde unipolaire. Les conflits de 2011, en Libye et en Côte d’Ivoire, ont dévoilé l’imposture. Quels droits humains ont été préservés alors que les résolutions des Nations Unies n’ont pas été respectées et le droit international bafoué ? Quelles populations ont été protégées par la R2P, pour la première fois mise en œuvre lors de ces deux guerres menées par des coalitions occidentales [1] ? Sûrement pas celles de Duekoué en Côte d’Ivoire ou de Tawergha en Libye. Les secousses telluriques qui traversent le monde actuellement sont dues aux retours de boomerang des conflagrations de 2011. Si les Russes et les Chinois ont, dès octobre 2011, mis leur véto au Conseil de Sécurité au projet de résolution sur la Syrie, c’est parce qu’ils avaient retenu les leçons des conflits libyen et ivoirien. La Syrie a redistribué les cartes, les va-t-en-guerre américains et leurs alliés européens ne décident plus seuls, le monde devient multipolaire et entre de plain-pied dans le 21ème siècle, emportant avec lui l’étendard des « valeurs » occidentales du siècle dernier. La CPI aurait pu sortir de son coma et survivre à ces bouleversements si elle avait su dépasser son rôle d’instrument de « l’approche globale » [2], de gardienne du temple du droit du plus fort et qu’elle était devenue la Cour d’une véritable justice internationale impartiale et efficace. Il n’en est rien...

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Donald contre Donald : du gaz dans la sécurité


16 déc, 2016 Bruno Husquinet

En Europe centrale, les espoirs nés des promesses de développement économique au sein de l’UE, souffrent du vent froid de la disette économique ambiante. En revanche, au niveau sécuritaire, la région allant de Tallin à Sofia se militarise à grande vitesse pour répondre à l’ « agression russe ». En outre, la crise liée à l’afflux de migrants et le repli nationaliste contribuent à cette militarisation. La fée Pétrole vient cependant de refaire son entrée avec l’annonce de Rex Tillerson, CEO d’Exxon, comme chef de la diplomatie américaine.

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Les points de blocage lancinants de l’Europe de la défense


14 déc, 2016 Hajnalka Vincze

Après avoir été, pendant 20 ans, le grand interdit des discussions sur l’Europe de la défense, le concept d’autonomie stratégique est soudainement devenu omniprésent. Il est le fil conducteur de la nouvelle Stratégie globale de l’UE, il apparaît de plus en plus fréquemment dans les conclusions du Conseil et dans les discours des dirigeants. Il était grand temps. Toutefois, pour juger si, au-delà des aspects déclaratoires, l’UE est en bonne voie ou non vers cette autonomie, il faut se concentrer sur les dossiers où, traditionnellement, il y a toujours eu un blocage politique. Car ces points de blocage ont été, à chaque fois, liés à la question de l’autonomie stratégique. Laquelle fut balayée, la plupart du temps, au nom de la soi-disant complémentarité avec l’Alliance atlantique.

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Afrique centrale, l'impossible alternance


03 oct, 2016 Leslie Varenne

Dans les neuf pays que compte l’Afrique centrale, six élections présidentielles ont été organisées entre mars et août 2016. Seul le vote en République Centrafricaine s’est déroulé dans des conditions acceptables. Même Sao Tomé et Principe, pourtant montré comme un exemple de démocratie, a connu un scrutin agité avec des accusations de fraude. Au Tchad, au Gabon, au Congo Brazzaville, en Guinée équatoriale les pouvoirs en place depuis des décennies ont été reconduits lors de consultations critiquées. La septième élection de l’année, qui devait se dérouler en République Démocratique du Congo en novembre 2016, n’aura pas lieu. C’est pourtant la première fois que les Congolais auraient eu la possibilité de faire entendre leur voix dans les urnes depuis l’indépendance en 1960. Les citoyens de ces pays n’ont jamais autant aspiré à une véritable démocratie qui mettrait fin à un système de gouvernance gangréné par la corruption et le népotisme et par conséquent à leur misère. Les taux élevés de participation aux divers scrutins attestent de cette envie d’alternance. La volonté populaire d’en finir coûte que coûte avec ces Présidences autocratiques expliquent l’intensité des crises pré ou post électorales. Une nouvelle fois, des deux Congo, Brazzaville et Kinshasa, nous parviennent des images de cadavres gisant dans le sang. Insoutenable. Une nouvelle fois, une fois de trop…

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L'extrêmisme violent, d'hier et d'aujourd'hui, en Russie


21 sept, 2016 Bruno Husquinet

 

Le 3 septembre de chaque année, la Russie commémore les victimes des attaques terroristes lors de « la journée de solidarité dans la lutte contre le terrorisme ». La date est symbolique puisqu’elle renvoie à la tragique prise d’otages de 2004 dans l’école de Beslan qui s’est terminée par le décès de 334 personnes. L’histoire récente russe, marquée comme tant d’autres pays par une violence radicale, rappelle la période de terreur du 19ème siècle. Cependant, les enjeux divergent sur le plan idéologique. Hier il s’agissait de mettre fin à l’absolutisme tsariste ; aujourd’hui, les appels à la violence contre le Kremlin sont lancés au nom de la domination du califat islamique.



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Afrique Centrale : la poudrière


19 sept, 2016 Leslie Varenne

Partie III

L'avenir de la République Démocratique du Congo : une question de souveraineté

A partir de ce jour, la République Démocratique du Congo entre dans une zone de turbulence, la violence et l’intensité des événements est à la mesure des attentes et des espoirs déçus. La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) devait annoncer le 19 septembre 2016, le chronogramme de la prochaine élection présidentielle, elle ne l’a pas fait, officialisant ainsi à la fois le report du grand jour à une date ultérieure et le non-respect des délais légaux inscrits dans la Constitution. C’est à la lumière de l’histoire de ce pays, ravagé par la misère, qu’il faut mesurer la charge symbolique, l'espérance que représente, pour les Congolais, cette élection présidentielle qui aurait dû se tenir le 27 novembre 2016.

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Ne pas céder à la terreur de Daech


04 sept, 2016 Pr Abderrahmane Mekkaoui

Croyant ou athée, il est très difficile de comprendre les tenants et les aboutissants de cette guerre asymétrique entre l'organisation de l’Etat Islamique (EI) et la coalition internationale constituée de soixante nations dont la France. Dans sa propagande diffusée avec intelligence sur les réseaux sociaux, Daech joue la victime de l’Occident et de ses alliés de Tanger à Djakarta. Selon Aamaq, leur agence de presse, Dar Al-Islam est attaquée et fait l'objet d'une agression internationale menée par les infidèles, nommés Kouffars, qui massacrent les croyants et détruisent flore et faune. D'après leur autre porte-voix, le journal Dabiq, « l'Occident mécréant » et ses alliés veulent maintenir la Oumma (la communauté) dans l'ignorance, la pauvreté et la division. Ce discours victimaire, nourri par un langage religieux décontextualisé, dont les termes sont bien choisis dans le Coran, est un message dans le message. Son contenu décrypté prône le Djihad offensif, c’est-à-dire la guerre générale et éternelle, incitant chaque musulman, là où il se trouve, à apporter son aide et son soutien en utilisant tous les moyens dont il dispose. Daech s'oppose au djihad spirituel pacifique sans ne jamais mentionner pourquoi les « infidèles » ont déclaré la guerre à cette organisation terroriste et omet délibérément de préciser que cette guerre qui lui est déclarée a pour but premier la protection des populations civiles décimées par lui-même, et comme second objectif la défense des alliés de la région menacés par le chaos et la désarticulation.

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Pente glissante : la réatlantisation de l Europe de la défense


01 janv, 2015 Hajnalka Vincze

La réatlantisation de l’Europe de la défense est en marche.[1] Que ce soit la crise en Ukraine, offrant visiblement un formidable prétexte aux efforts de rebond de l’OTAN ; ou notre inexorable enfermement dans le piège de la coopération avec l’Amérique en matière d’armement ; ou les pressions qui s’accentuent pour civilianiser la PSDC y compris ses groupements tactiques ; ou encore le nouveau discours de symbiose transatlantique ; il s’agit à chaque fois de manifestations palpables d’un choix délibéré de la part des élites euro-occidentales.

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